Les protéines, trop ou pas assez?

Les protéines alimentaires sont aussi très importantes pour cultiver une bonne santé bactérienne. Plus de 90% des protéines alimentaires consommées dans un ratio physiologique (0,8 à 1,2 g/kg par jour) sont digérées dans notre tractus digestif avant d’arriver dans le côlon. Cela signifie que les 10% de protéines restantes atteignent le côlon en étant encore complètes21. Nos bactéries se chargent alors de leur dégradation par fermentation, en association avec les fibres qui régularisent le processus.

Ces protéines traitées par nos bactéries servent entre autres à métaboliser plusieurs substances neuroactives impliquées dans le fonctionnement du cerveau, ainsi que plusieurs autres molécules interagissant avec la santé de nos cellules intestinales. L’azote issue de la dégradation des protéines vient nourrir ces mêmes bactéries qui les digèrent. Les protéines sont donc essentielles pour entretenir une portion de notre microbiote, mais elles doivent être consommées avec une quantité appropriée de fibres.

Il faut cependant faire attention : il est de plus en plus reconnu qu’une diète très élevée en protéines (dans un processus de perte de poids ou de gain de masse musculaire, par exemple) viendra bousculer l’équilibre des bactéries intestinales tout en amenant un excès de produits de dégradation des protéines dans le côlon, produits néfastes pour notre corps18. En cas de surconsommation, il va de soi que beaucoup plus de protéines complètes arriveront au côlon sans avoir eu la chance d’être digérées convenablement. Les produits de dégradation des protéines qui se trouveront donc en excès dans le côlon peuvent être impliquées dans l’apparition de plusieurs conditions: certains cancers du côlon, la maladie inflammatoire intestinale, l’insuffisance rénale chronique ainsi que l’accélération de l’athérosclérose causant la maladie cardiaque (pour ce qui est des protéines animale)21, 27.

Les méthodes de protection contre ces effets délétères sont la consommation de beaucoup de fibres alimentaires (prébiotiques) et de probiotiques (bactéries actives), pour permettre un meilleur équilibre de la flore bactérienne soumise à une surcharge plus élevée en protéines21. Les aliments fermentés tel que la choucroute, le kimchi, le kombucha, le tempeh, la pâte de miso, le kéfir et le yogourt, pour n’en nommer que quelques-uns, sont des sources extraordinaires de probiotiques naturels!

En plus de contenir des vitamines, autres nutriments essentiels et plusieurs souches bactériennes, les probiotiques alimentaires coûtent bien moins cher que les capsules de probiotiques achetées en pharmacie. De façon théorique, ces deux stratégies seraient tout aussi efficaces, mais il reste encore à les comparer sur le plan scientifique30.

Attention ! Il faut consommer les aliments contenant des probiotiques sans les cuire ni les mettre en contact avec des substances acides, comme du vinaigre, sinon les bonnes bactéries seront moins en mesure de créer l’impact souhaité dans notre tube digestif.

Voir l'article "Les gras ne font nécessairement pas grossir

 

Références :

18. Mohajeri M. H., Brummer R. J., Rastall R. A., Weersma R. K., Harmsen H. J. M., Faas M., et al. «The role of the microbiome for human health: From basic science to clinical applications», European Journal of Nutrition, 2018.

21. Portune K. J. B. M., Davila A.-M., Tomé D., Blachier F., Sanz Y., «Gut microbiota role in dietary protein metabolism and health-related outcomes: The two sides of the coin», Trends in Food Science & Technology, 2016; 57:213-32.

27. Zhang N., Ju Z., Zuo T. «Time fo food : The impact of diet on gut microbiota and human health», Nutrition, 2018; 51-52:80-5.

30. Valdes A. M., Walter J., Segal E., Spector T. D. «Role of the gut microbiota in nutrition and health», British Medical Journal, 2018; 361:k2179.

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